La femme (1): « Aborto yo! »


Aborto yo!

Tag sur un mur dans le centre: "Moi j'avorte!"

Quand j’ai vu ce tag dans le Centre de Lima il y a quelques semaines, j’ai été surprise. Une réaction logique et immédiate au Pérou aurait été d’effacer ces mots « Moi,  j’avorte! ».

Et en effet, il y a quelques jours dans San Isidro, quartier résidentiel huppé, et dans un combi, j’ai vu des autocollants montrant un bébé qui dit « No me hagas daño, dile no al aborto » [« Ne me fais pas de mal, dis non à l’avortement »].

Comme vous le voyez, l’avortement est un sujet sensible (peu de polémiques en réalité sur le sujet, par crainte) et son éventuelle légalisation divise les Péruviens. Attention! Il ne s’agit pas de légaliser l’avortement en soi, mais de dépénaliser l’avortement pour les femmes ou les jeunes filles enceintes à la suite d’un viol ou d’un inceste.

Pourtant l’enjeu est beaucoup plus large, comme ces quelques chiffres – édifiants – le montrent:

– chaque année, plus de 40 000 avortements illégaux concernent des adolescentes, les plus riches peuvent aller à Miami, les autres le font dans des conditions pires que les françaises-ante-1974.

– les adolescentes péruviennes présentent un taux de grossesse d’environ 13%: cela s’explique par l’absence de sensibilisation sur les risques liés à la sexualité, le regard pesant sur les jeunes filles utilisant la pilule, et la récente légalisation de la pilule du lendemain (2008)

– les abus sexuels sont à l’origine de 6 grossesses non désirées sur 10

Plusieurs facteurs explicatifs à l’interdiction de l’avortement et à sa difficile légalisation:

– Au niveau légal, la Constitution reconnaît qu’un être est une personne à partir de la nidation.

– La religion catholique (80% de la population est catholique, même si seulement 15% sont pratiquants) prohibe elle aussi l’avortement, apparenté à l’assassinat d’un être humain. Non les féministes n’existaient pas à l’époque de J.C.

– Dans ce pays machiste au possible, les droits de la femme ne sont pas prioritaires et donc c’est plus important de sauver un bébé, même issu d’un viol, que de soigner la victime de l’agression.

Le 22 octobre dernier, la commission chargée de revoir le Code pénal a voté en faveur de l’adoption d’un projet de loi sur l’avortement. Ainsi ce projet de loi est en bonne voie d’être voté. Mais rien n’est fait: l’avortement restera conditionnel, onéreux et surtout très mal vu au Pérou. Un petit pas en avant (toutefois pas encore accepté) qui ne réglera pas la question aussi rapidement.

En Inde, a contrario, l’avortement est légal. Dommage pour les catholiques qui se disent plus progressistes que les musulmans (12% de la population en Inde)!

Pour autant, les avortements visent surtout à sélectionner le sexe du bébé. En effet, l’Inde étant aussi machiste que le Pérou, mieux vaut avoir un garçon qu’une fille d’un point de vue position sociale. Mais contrairement au cas chinois, aucune mesure directe n’a été prise pour limiter cette tendance lourde; il y a donc actuellement un déficit de 10 millions de femmes en Inde.

Pour plus d’infos sur le cas du Pérou: http://altermondes.org/spip.php?article65

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