Du Bengale au Bangladesh

Ces derniers jours je suis allé au Bengale. Ah! Le Bengale…
L’une des régions les plus connues du sous-continent. Terre des tigres mangeurs d’hommes, embouchure du Gange et du Brahmapoutre, terre du mouvement d’indépendance, forêt de mangroves (écosystème incluant un arbre dont les racines sont sous-marines), Kolkata (Calcutta): les richesses du Bengale sont multiples.

Forêt de Mangrove

Mais c’est aussi une région qui aujourd’hui suscite l’effroi, en raison des multiples catastrophes naturelles dont les images ont peuplé nos écrans, à cause de la guerre des années 70 et de la montée des eaux menaçant non seulement une grande partie des terres cultivables de la région mais aussi tout un éco-socio-système extrêmement sensible.
Le Bengale se divise aujourd’hui en deux entités bien différentes. D’une part le Bengale Occidental, avec Kolkata, état fédéré de la République Indienne, et d’autre part le Bangladesh, ancien Pakistan oriental, qui a acquis son indépendance en 1971 à la suite d’un mouvement national et de la troisième guerre indo-pakistanaise. En réalité, le Bengale a connu avant 1947 et la partition du sous-continent une première division en 1905. Les deux Bengale représentaient alors des espaces plus grands que leurs héritiers aujourd’hui et correspondaient grosso-modo à l’aire de répartition de la langue Bengali. Aujourd’hui, les deux Bengale représentent près de 230 millions d’habitants (150 pour le Bangladesh, 80 pour le Bengale Occidental) et deux immenses villes, Kolkata et Dhaka qui rassemblent chacune près de 13 millions d’habitants (Dhaka étant aujourd’hui la ville avec la croissance démographique la plus forte au monde).

Le Bengale Occidental (ou West Bengal) et le Bangladesh

Le Bengale est une entité particulière du sous-continent. La culture Bengali a toujours été très forte, en particulier avec la Renaissance Bengali, berceau du mouvement nationaliste indien, dont l’acteur le plus connu était bien sur Rabîndranâth Tagore, peintre et prix Nobel de littérature en 1913.
Les Bengalis sont fiers de leur patrimoine et, par exemple, la Bengali Connexion de JNU est réellement impressionnante. La partition de l’Inde, lors de l’Indépendance en août 1947 a eu néanmoins des répercussions extrêmement importantes pour  les deux Bengales. Calcutta, ancienne capitale de l’Empire Britannique, s’est transformée en une ville frontalière parmi d’autres, tant du point vu politique qu’économique. Le tracé de la frontière a par exemple séparé la zone de récoltes de celle des usines de traitement, l’une et l’autre étant sur des territoires différents. L’importance du Bengale n’en demeure pas moins considérable.
Le Bengale occidental est un des trois Etats fédérés de l’Inde à être aujourd’hui dirigé par le Parti Communiste Indien (et ce depuis 1967) qui a gagné toutes les élections fédérales dans l’Etat. Cependant, le Bengale est aujourd’hui soumis à de très fortes tensions sociales, traduites notamment à travers le mouvement naxalite, né près de Darjeeling et qui agite près d’un tiers du territoire indien en surfant sur les contradictions des évolutions économiques de l’Inde.
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Étoiles kéralaises

Le Kerala est une étoile.

Le Kerala est l’étoile rouge, assortie de la faucille et du marteau communistes, puisque l’état indien à l’IDH le plus élevé est dirigé par le Parti Communiste d’Inde (CPI) depuis des années. Partout nous trouvons des drapeaux rouges: gare routière, marchés, temples, maisons…

Le Kerala est aussi l’étoile que l’on accroche au sommet du sapin de Noël chez les chrétiens et l’étoile de David des juifs. En effet, la tolérance religieuse démarque le Kerala du reste de l’Inde où le nationalisme hindou et les violences faites aux minorités musulmanes sont quotidiennes. Dans la plupart des villes touristiques nous ne visitons non plus seulement des temples et des mosquées mais nous croisons aussi des églises (comme à Goa) et des synagogues. On se demande presque si l’on est toujours en Inde, mais heureusement le kitsch des décos nous rappelle que nous n’avons pas changé de pays. Ce sont les vestiges des colonisations passées. Et nous traversons le Kerala entre Noël et l’Epiphanie. Alors toutes les maisons sont décorées avec des guirlandes lumineuses [1], des étoiles en papier qui servent aussi de lampions…

Le Kerala regorge d’étoiles d’anis. Entre la noix de coco et l’ananas, ou dans les plats épicés se glisse cette nouvelle saveur, que l’on ne trouve que rarement dans le Nord de l’Inde. Les étals des marchés et nos assiettes s’étoilent eux aussi.

Enfin, tout comme à Goa, le ciel lui même nous en met plein les yeux. Lever la tête un soir, chercher la Lune et découvrir les millions d’étoiles qui illuminent la mer d’Oman et les backwaters. Un paysage rare quand on vit à Delhi ou à Lima, villes polluées s’il en est.


[1] Imaginer cela par 30° à l’ombre.