« – Et ma coca? – Elle arrive mamita! »

Devinette:

Quel homme célèbre a été le premier cocaïnomane de l’histoire?

[Répondez en commentaire de l’article, à gagner: 1 sachet de coca à mon retour. Solution: dimanche matin]

La coca

Non ce n’est pas une faute de grammaire, nous parlons bien ici de la coca, une petite feuille verte dont la place est centrale dans les Andes. Bien sûr, qui dit coca pense immédiatement à cocaïne, ou à la célèbre marque Coca-Cola. A juste titre! Mais s’il existe 238 variétés d’erythroxylum coca dans le monde, deux seulement contiennent de la cocaïne. La coca se consomme donc de différentes façons et elle a eu un rôle essentiel dans l’exploitation des mines d’argent boliviennes dès l’époque de la colonisation espagnole.

En Amérique du Sud et surtout dans les Andes, la consommation de la coca remonte à Mathusalem. Elle est utilisée pour ses vertus nutritionnelles, comme monnaie d’échange – bien que le système monétaire n’exista pas en tant que tel avant la Conquista – ainsi qu’en tant qu’objet religieux. Elle fait en effet partie des offrandes faites à la Pachamama (la « Terre Mère » en quechua) et aux autres divinités dans l’Empire Tiwanaku puis dans l’Empire Inca. Si l’on peut aisément contester ses vertus nutritives, il est indéniable que la coca facilite la respiration! D’ailleurs, les Conquistadores ont commencé à l’utiliser pour pouvoir grimper dans les Andes car leurs cages thoraciques « normales », beaucoup moins développées que celles des habitants des Andes, avaient des difficultés à gérer de telles altitudes! Mais la coca a rapidement été interdite par le Pape, car c’était un élément des rites religieux incas et était donc considérée comme la « feuille du Diable ».

L’or vert

Offrandes au Tio pendant le Carnaval: coca, alcool, foetus de lama, cigarettes et serpentins

Néanmoins son importance économique croît avec la colonisation. En effet, les Espagnols ont compris que les Indiens carburent à la coca, et qu’elle est particulièrement nécessaire pour travailler dans les mines de Potosi: le sommet du Cerro Rico culminait en effet à 5200 m au 16e siècle, aujourd’hui il ne mesure plus que 4 800 m, car à force de l’exploiter, la montagne s’est ratatinée. La coca est donc devenue le moyen de rémunérer les indigènes exploités: la fortune des Espagnols se crée ainsi en utilisant une petite feuille verte pour « payer » les mineurs et les nourrir. Dans les mines, la coca est l’aliment de base: on ne mâche que cela car un repas est trop difficile à digérer dans de telles conditions (altitude, enfermement, manque d’air…) et parce que son masticage permet d’en extraire les éléments nutritionnels et donne de l’énergie (il en faut pour travailler 10h d’affilée dans une mine!). On offre aussi de la coca au Tio, le dieu de la montagne, dieu païen créé par les Espagnols pour contraindre psychologiquement les Indiens de travailler dans la mine, pour ne pas s’attirer les foudres de cette divinité.


Au total, la consommation annuelle de coca à Potosi au 16e siècle était telle que sa valeur monétaire équivalait à 450kg d’or! Pendant ce temps, l’argent se fait la malle vers l’Espagne. De nombreuses études prouvent d’ailleurs le rôle majeur joué par l’argent extrait des mines boliviennes dans la mise en place du capitalisme mercantile.

Le nécessaire du mineur à Potosi: alcool à 96°(!), des feuilles de coca et de la dynamite. Chaque mineur consommait en moyenne 380 grammes de coca par semaine, soit 20 kg par an!

L’heure de l’apéro

En 1863, le Français Angelo Mariani invente une boisson à base de coca. Le Coca des Incas, ou Vin Mariani, est vendu pour ses propriétés énergisantes. La boisson contient tout de même 0,12 gr de cocaïne par 28 gr de liqueur! De nombreuses imitations du Vin Mariani se développent dans les années suivantes, et, ironie de l’Histoire, le Pape en personne intervient pour en vanter les vertus. L’imitation la plus connue est celle inventée par John Pemberton aux Etats-Unis. Cet ingénieux monsieur, voulant faire face à la Prohibition de l’époque (la vente d’alcool est interdite par le gouvernement américain), décide d’adapter la boisson de Mariani et de la fabriquer sans alcool: le Coca-Cola est né! Rassurez-vous, depuis 1914 il n’y a plus de cocaïne dans le Coca-Cola!

Cocaïne, rythm’n’blues et FARC

La coca est produite en Bolivie, au Pérou et en Colombie principalement, puis elle est raffinée et exportée vers les Etats-Unis, premier pays consommateur de cocaïne au monde. La Colombie où les Forces Armées Révolutionnaires (FARC) ont (re)développé le narcotrafic afin de financer leur guérilla et la Bolivie où les producteurs de coca sont les paysans pauvres défendus par Evo Morales depuis plusieurs années. En effet si la cocaïne coûte une fortune à ses consommateurs et rapportent des millions à ses traficants, en revanche les producteurs de la coca demeurent très pauvres étant donné le prix de la feuille. Depuis cette année, le Pérou est redevenu le 1er pays producteur de coca au monde, déclassant la Colombie.

La cocaïne pure, ou coke, est une drogue « de luxe ». La raison tient dans sa formule chimique, aux éléments onéreux. Mettez 1/2 tonne de feuilles de coca, du kérosène, de l’acide chlorydrique et divers autres produits chimiques à mariner et vous obtenez après raffinement 1 kg de cocaïne! Les images datant des années 80-90 d’addicts au crack (forme diluée de la cocaïne qui coûte donc moins cher) ou encore les scandales sur les stars accros à la coke sont assez marquants pour comprendre les effets de cette drogue. Vous connaissez la chanson:

Acullico et mate de coca

D’une manière générale dans les Andes vous pouvez trouver de la coca sur tous les marchés, où on la voit aussi communément que l’aji (piment) ou la pomme de terre! On la consomme de deux manières principales:

– L’acullico, c’est-à-dire la chique, nécessite une treintaine de feuilles dont il faut ôter la tige. On les mâche suffisamment longtemps pour faire une sorte de boule que l’on cale comme un chewing-gum entre les dents et la joue. On mâche de temps à autres pour extraire le suc et on rajoute des feuilles au fur et à mesure. On peut aussi ajouter une petite boule blanche qui donne un goût plus sucré et donc moins amer à la coca. L’effet anesthésique sur la joue est plutôt perturbant: on parle mais en ne bougeant qu’une seule partie de la bouche! C’est parce qu’ils ont toujours de la coca dans la bouche qu’on a du mal à comprendre ce que marmonnent certains hommes et qu’ils ont la joue droite toute gonflée.

– Le mate de coca est une infusion de coca. C’est le mode de consommation que je préfère car cela retire un peu d’amertume aux feuilles de coca ébouillantées. Et on respire mieux après son mate.

N.B. A la Paz, un petit musée hétéroclite et insolite est consacré à la coca (le Museo de la Coca, entrée 10 Bs. – 1€).


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Là-haut sur la montagne… La Paz

À peine arrivée à Lima*, me revoilà sur la route direction… la plus haute capitale du monde: La Paz, porte d’entrée de la Bolivie. En comparant bien, un vol pas cher (trouvé par exemple sur MonNuage) me serait sûrement revenu au même prix (90$ US) que le bus Ormeño (compagnie par ailleurs peu recommandable) que j’ai pris de justesse – je me suis présentée à 8h du matin pour le bus de 9h, il restait… 1 seule place!

La Bolivie.

J’ai longuement hésité à l’inclure dans mon itinéraire pour cet été sud-américain. L’idée m’est originellement venue car Le Routard, flemmard né, a compilé le Pérou et la Bolivie dans le même guide. J’ai donc bien évidemment lu les deux parties du guide et commencé à m’intéresser à ce pays, grand comme deux fois la France mais dont on ne sait pas grand chose hormis que son Président est Evo Morales qu’il est socialiste dans un continent qui a été marqué (et qui l’est encore) par le néo-libéralisme (n’en déplaise aux analystes de Sciences Po) et que ce pays andin demeure le plus indien de la région.

Puis, des dizaines de récits de voyage de personnes – notamment des voyageuses solitaires – enchantés et enchanteurs m’ont interpellée. Le pays des « plus » comme on le surnomme en raison des nombreux superlatifs qui le qualifient (plus haute capitale, plus grand désert de sel…) m’intriguait donc de plus en plus : voir un désert de sel à Uyuni, explorer les ruines des civilisations passées (Inca et Tiwanakota) dans la continuité de mon cours d’archéologie, admirer des paysages saisissant dans les Andes et explorer d’anciennes mines d’argent. De quoi nous faire rêver, n’est-ce pas? En quelques photos vues sur Internet et en lisant les guides, l’envie de faire ce voyage devenait de plus en plus présente. Après tout, pourquoi ne pas faire une excursion dans le seul pays d Amérique Latine qui n’a pas accès a la mer? On sait à quel point cet enfermement a influencé l’évolution du pays… beaucoup plus fermé et donc beaucoup plus indien que les autres parties du continent, aux veines ouvertes vers l’Espagne et le Portugal. Enfin, savoir que je ne partirais pas seule (vous voyez une bavarde telle que moi partir seule sans personne à qui parler H24?) , mais avec deux autres Sciences Po (au Chili pour l’année) a fini de me persuader. J’étais donc décidée.

34 heures de bus plus tard et après avoir retraversé le sud du Pérou, j’arrive à La Paz (3 660 m d’altitude en moyenne). L’arrivée en bus se fait par El Alto, le quartier populaire qui surplombe la gorge dans laquelle se trouve la capitale. La vue depuis ce quartier est tout simplement à couper le souffle! La ville se déploie dans la gorge (Vallée du Río Choqueyapu) et sur les pentes abruptes, au loin domine la cime enneigée du Mont Illimani (6402 m tout de même). Sous un soleil de plomb – en pleine saison des pluies – les maisons de terre rouge s’harmonisent pour former un paysage uniforme captivant comme à Cuzco. La vue panoramique depuis el Alto (« le haut« ) est donc phénoménale!

El Alto et en arrière-plan, le Mont Illimani

La Paz, vue depuis El Alto.

Evo Morales, Président de la Bolivie

La Paz qui compte 830 000 habitants (+ 650 000 dans l’Alto) est la capitale politique et économico-financière de la Bolivie.

C’est donc là que réside Evo Morales, le président fraîchement réélu en décembre 2009 et premier indien élu en Amérique Latine.

Partout sur les murs on trouve des slogans en sa faveur.

A Uyuni, un exemple de mur aux couleurs du Président bolivien

Après quelques jours dans le pays, je peux dire que pour moi, la Bolivie c’est l’Inde de l’Amérique du Sud.

*La suite de nos aventures peruano indiennes suivra début mars