Les 7 âges de Delhi

Cela fait 7 mois que je vis dans la ville de Delhi. Mais est-ce bien une ville ? Le nom même de l’ensemble urbain peut mener à confusion. Delhi ou New Delhi?

D’un point de vue administratif d’abord, ce que l’on appelle Delhi est en fait le National Capital Territory of Delhi. Ce n’est donc ni un Etat à l’instar de son voisin l’Uttar Pradesh ni vraiment un État de l’Union, comme Chandigarh. Cette entité politique regroupe en son sein 3 municipalités : New Delhi, Delhi et Delhi Cantonnement. Cependant l’espace urbain de Dehli ne s’arrête pas là. Il est notamment composé de villes-banlieues, en particluier Gurgaon, Noida et Farridabad. La première est la plus developpée et correspond au nouveau CBD de la capitale. Sièges sociaux des grands groupes, immeubles modernes et zones commerciales caractérisent cette ville, située dans l’Etat de l’Haryana, d’un point de vue administratif. La seconde, située dans l’Uttar Pradesh, est légèrement moins huppée. Quant à la troisième elle n’est aujourd’hui qu’un « espace nouvellement urbanisé » (ou plutôt en cours d’urbanisation), assez moche pour tout dire, où le long de la National 1, se suuccèdent malls dernière génération (mais tous plus vides les uns que les autres), anciens villages et logements de fortune. Découpages administratifs et politiques se chevauchent et compliquent l´organisation de Delhi. Mais Delhi en tant que telle n’est pas non plus homogène.

Il faut remonter dans le temps pour bien saisir ce qui fait la specificité de Delhi, car finalement, ses richesses, comme ses défauts, sa magnificence comme sa démesure ne peuvent se comprendre qu’à travers l’histoire de cette capitale.

Ce ne sont pas moins de 7 villes qui se sont succédées le long de la Yamuna et toutes ont laissé leur empreinte. Par exemple, Shahjahanabad est connue aujourd’hui sous le nom de Old Delhi où s’enchevètrent mosquées, forts, dédales et deux institutions : Chandni Chowk, ce bazar où vous trouver EXACTEMENT tout ce que vous chercher, du rasoir au reflex dernier cri (ou presque) et Karim’s qui, bordant la Jamia Majsid, la plus grande mosquée d’Inde, est  le meilleur restaurant de Delhi, à prix imbattables, où le repas est une aventure (gastronomique) en soi.

Une rue d'Old Delhi et sa marée humaine

Les échoppes où l'on vend tout et n'importe quoi

La Jamia Masjid

Delhi est donc une ville parsemée de monuments et de ruines, et ce du nord au sud, de Old Delhi, à mon quartier qui est l’extrême nord de l’impressionnant complexe du Qtub Minar (patrimoine mondial de l’UNESCO).

Q'tub Minar pris dans le brouillard hivernal

Delhi n’est devenue la capitale de l’empire britannique qu’en 1911 avec l’inauguration officielle de New Delhi. Premières conséquences pour l’agglomération : toute une frange de la ville, d’Ouest en Est, est occupée par une succession grandiose de grandes avenues, de batiments officiels (plus ou moins décrépis) et de quartiers où se trouvent les centres culturels et les ambassades. Plus au nord, après Connaught Place, on trouve Old Delhi et North Delhi, plus populaire (doux euphémisme) et au sud une succession de quartiers plus ou moins aisés. En réalité ce sont plus ou  moins des successions de zones urbaines où les quartiers riches de la « classe moyenne indienne » (ici je sous entend la bourgeoisie, la notion de classe moyenne en Inde est encore plus confuse que chez nous), qui sont entourés par les logements (qui vont d’appartements hors d’âge à de véritables taudis) qui servent aux « serviteurs divers« . Ainsi Delhi n’a pas une logique ubaine facile d’approche. Elle ne ressemble ni réellement à une ville «classique » avec un centre ville et des périphéries, ni à une ville nouvelle du type Brasilia (Brésil) ou sa voisine Chandigardh. On y aurait bien du mal à appliquer le célèbre schéma de Burgess, aux cercles concentriques, représentant les villes américaines, récentes, dans leur organisation spatiale.

Deuxième évolution de l’époque contemporaine: la partition. En plus d’être un véritable tremblement de terre pour la toute jeune nation indienne, la partition – en particulier celle du Penjab – a eu des conséquences sociales importantes sur New Delhi. Ce sont en effet plusieurs millions d’habitants qui ont migré vers la jeune capitale indienne et qui ont mis à l’épreuve ses infrastructures.

Aujourd’hui encore l’immigration urbaine est un phénomène majeur et entraîne des changements importants de long terme pour la cité des Djinns. Aujourd’hui Delhi est la seconde ville en terme de croissance urbaine au monde (après Dakha, au Bangladesh). Chaque année ce sont près de 500 000 nouvelles personnes qui gonflent la population de Delhi, la moitié est le fruit de la croissance naturelle, l’autre des migrations. Aujourd´hui l’aire urbaine de Delhi compte près de 22 millions d’habitants et elle n’a pas fini de croître.

Delhi à perte de vue

Un article sur l’Inde urbaine: http://www.georouen.org/spip.php?article129

Exemple architectural : un tombeau

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